La poule pond

samedi 13 juillet 2019

« Je vous en prie. »

À force de s'effacer devant tout le monde, il finit par disparaître. Son souvenir en même temps que lui. Il resta bien quelques chiures de gomme  mais les agents de nettoyage eurent tôt fait de tout aspirer.

Posté par P h i l i p p e à 05:45 - - Commentaires [1] - Permalien [#]


vendredi 12 juillet 2019

Poumon

 

« Quand j'avais douze ans, je me cachais de ma mère pour fumer les cigarettes que j'achetais avec l'argent de poche de mon frère aîné. Je le volais sans vergogne ; c'était si facile, on partageait la même chambre, j'étais Robin des Bois, lui, le shérif de Nottingham. Il ne se plaignait jamais ; je crois qu'il ne s'est jamais rendu compte de rien ; ou il fermait les yeux parce que j'étais son petit frère.

Aujourd'hui, je fume en cachette de mon épouse. La chimio m'a brûlé les terminaisons nerveuses des membres inférieurs et supérieurs. Je marche avec une canne, je ne peux plus conduire, j'ai du mal à enfiler mes chaussures et à couper ma viande, je me casse la gueule en allant relever le courrier dans la boîte à lettres, mais je peux encore allumer une clope.

Sauf que je ne devrais pas. Rapport aux métastases au cerveau qui récidivent. Mais quoi ? Je ne peux même plus me branler alors… à quoi bon ? Je mourrai du cancer du fumeur la clope au bec dans les cabinets ou caché derrière le muret du fond du jardin. Plutôt les cabinets, parce que le muret,  j'ai de plus en plus de mal à m'accroupir derrière ; me relever surtout. »

Posté par P h i l i p p e à 06:22 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

jeudi 11 juillet 2019

Citation (4)

Boris Vian, in L'Herbe rouge.

— Tu sens bon, Folle, dit-il. J'aime ton parfum.

— Je n'en mets pas, répondit Folavril.

Posté par P h i l i p p e à 06:13 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

mercredi 10 juillet 2019

Oualou

Je sais que, la nuit, Michèle se métamorphose.

Elle me répond que j'ai des pensées bizarres... que je rêve éveillé... enfin, ces salades qu'on sert à qui on veut cacher des choses.

Mais, à cette toute petite intonation que prend sa voix quand elle ne dit pas la vérité, je sais que j'ai raison.

Je n'ai jamais pu la prendre en défaut. Elle est rapide, la bougresse ! Que je me réveille au milieu de la nuit, elle réintègre à la seconde et sa forme de jour et le lit conjugal. Depuis toujours.

Me coucher plus tard qu'elle ? Bernique ! Elle attend, quitte à dormir sans même feindre.

Faire sonner le réveil ? Que dalle !

Vibrer le cellulaire ? Chou blanc !

Boire un litre de café après souper ? Rien de rien !

Elle se métamorphose. Je le sais.

Brancher une caméra espion ? Macache ! déjà fait, depuis belle lurette, avec l'arrivée des premiers camescopes au siècle dernier.

 

Inutile d'attendre une erreur de sa part. Elle n'en fera pas. Je mourrai sans savoir.

C'est énervant d'écrire une histoire qui n'a pas de chute. Je préfère retourner au lit.

— Don't disturb ! Chuuut !

Posté par P h i l i p p e à 06:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

mardi 9 juillet 2019

Curieux oiseaux

Oh, ça devient grave ! Dans le livre « ... les curieux ne viennent plus... » et dans ma tête « ... les oiseaux ne viennent plus... »

Depuis longtemps déjà, j'entends mal et j'interprète les mots que je perçois indistinctement. Désormais, je vais devoir compter avec des yeux buissonniers.

Depuis combien de temps cela dure-t-il ?

Si les mots dévient, ça devient grave...

 

Pardon, tu peux relire ça lentememt pour moi s'il te plaît !

Posté par P h i l i p p e à 06:58 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


lundi 8 juillet 2019

Trachée

« Alors, Jean-Lhuile, t'exagères.
Nous planter là, comme ça.
Toute ta vie t'as bouffé des carottes râpées et du blanc d'œuf ; t'as touillé ta mixture de protéines achetée en Chine sur Internet.
Tout ça pour faire le beau en slip de bain rouge cramoisi devant les vieilles de l'aqua-gym.
Et tu nous plantes à quarante balais ?

Toute ta vie presque à poil sur le bord de la piscine, à montrer tes pectoraux et la bosse entre tes jambes dans ton slip rouge. Une vie entière à faire des pompes et des longueurs de bassin et des ronds de jambes aux mamies enamourées. Un bronzage nickel chrome, des abdos en silicone, sec comme un culturiste en compèt, jamais un écart, ni sucre, ni alcool, ni rien que tes carottes et ton blanc d'œuf.

Et vlan ! Pour l'anniversaire de ta femme, tu fais un p'tit effort, y'a tes gosses, le grand a quatorze ans, tu prends une tranchette  de rosbif et… merde Jean-Lhuile, t'as oublié comment on fait ? t'avales de travers et tu crèves là sur le carrelage du salon d'une fausse route !

Un morceau de bœuf coincé dans la gorge et tu cadenches d'un arrêt cardiaque. Merde Jean-Lhuile, t'as même pas appris Heimlich à ton môme qui te regarde crever sans savoir quoi faire. Mais merde, Jean-Lhuile, y'a pas qu'les vieilles en maillot de bain à séduire dans la vie. 

Une fausse route alimentaire, Jean-Lhuile, tu fais chier. J't'aimais bien moi et faut qu'tu crèves comme un con sur ton carrelage. Tu fais chier… et pis nous, les vieilles, maint'nant, qu'est-ce qu'on s'emmerde à la piscine  sans tes roubignoles à hauteur des yeux. »

Posté par P h i l i p p e à 08:39 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

dimanche 7 juillet 2019

Vengée


araignée citron et son repas du matin

Voici quelques jours, Michèle a été piquée par un insecte alors qu'elle époussetait le jardinet. Modeste piqûre, réaction disproportionnée. Pas de photo du bras démesurément enflé, des enfants pourraient tomber sur l'image. On sait les fantaisies que les allergies façonnent avec nos pauvres cellules.

Ce matin, 6 juillet — même si nous n'avons aucune preuve —, un parfum de vengeance se mêle à celui du jasmin odorant : le coupable de l'irritante et exponentielle enflure vient d'être pris par la police du jardinet. Sur l'image, une araignée citron procède à la palpation du corps. Pincée la mouche ! J'ai bien peur qu'elle n'ait terminé là sa courte vie. Au jardin,  douane, police, procès,  sentence et  excécution, l'araignée se charge de tout.

Posté par P h i l i p p e à 07:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

samedi 6 juillet 2019

Mue au jardinet


ectobius pallidus

Hier soir, 5 juillet, bien avant que le soleil ne se couche, impudique et insolite spectacle. Une toute petite bête a entrepris de s'exposer sur le corps du thermomètre extérieur (pas très malin de sa part, au regard de la nécessaire intimité que réclame l'opération, je le regarde six fois par jour, ou exceptionnelle aubaine, on ne voit pas muer une si petite chose tous les jours ; mon lecteur me croira si je lui dis que c'est la première fois que cela m'arrive ?) Une petite blatte des jardins, inoffensive brouteuse de végétaux en décomposition. Elle porte un nom savant (enfin, des savants l'en ont affublée, elle, elle doit un peu s'en battre l'abdomen.)

Pour le néophyte, en noir l'exuvie (la vieille enveloppe) et l'insecte transparent achevant sa mue. Pour le spécialiste, rien à apprendre ici, tout à corriger sans doute.

 

Posté par P h i l i p p e à 09:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

vendredi 5 juillet 2019

Ziiiiip

Je marchais tout nu sur le fil d'un grand couteau à découper le rôti posé entre les deux parois d'un profond canyon.

— Mets au moins des chaussures, me conseille Michèle.

Je me suis déconcentré, j'ai perdu l'équilibre et je suis tombé jambes écartées sur la lame affutée.

Posté par P h i l i p p e à 06:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

jeudi 4 juillet 2019

« J'suis snob... »

Le radio-réveil ne fonctionne plus. Depuis une dizaine d’années. J’avais essayé de le démonter et de nettoyer les contacts. En vain. J’ai remonté soigneusement toutes les pièces. Il est toujours près de mon lit. Il ne fonctionne plus.

La petite radio de la salle de bains grésille depuis belle lurette. Le potentiomètre s’est cassé lors d’une chute : pas moyen de recaler la fréquence correctement.

Le lecteur radio CD de la cuisine partage la prise électrique avec la cafetière. Je dois à la vérité de dire que j’écoute plus souvent la cafetière que France Inter. Toujours la même température, saveur identique à toute heure, disponible à n’importe quel moment. La cafetière est branchée 24 h sur 24.

La télé ? J’ai fait comme Boris Vian à qui j’ai emprunté le titre de ce poulet. Pour le suaire, néanmoins, pas besoin qu’il vienne de chez Dior, personne n'fait plus ça, je ferai  composter mes organes.

 

Posté par P h i l i p p e à 06:33 - - Commentaires [0] - Permalien [#]